Eau potable : La béninoise Marielle Agbahoungbata innove avec WatAIR

Soutenu par le centre d’intelligence artificielle marocain AI Movement, la Fondation OCP et l’Unesco dans le cadre d’un programme de développement technologique, le projet WatAIR se veut innovateur dans le domaine de l’assainissement des eaux usées.

Conçu par la société béninoise SSaFE, le robot d’assainissement de l’eau est développé par une équipe de scientifiques béninois, dont Marielle Agbahoungbata, qui décrit ce projet prenant racine dans le besoin d’accès à l’eau pour tous.

Nommée « L’eau en partage », l’édition 2026 du rapport mondial des Nations Unies sur la mise en valeur des ressources en eau, publié jeudi 19 mars 2026, met l’accent sur les inégalités liées à l’eau, notamment sur la façon dont les femmes sont souvent les premières touchées, dans la santé ou encore dans l’éducation. La société béninoise SSaFE a imaginé le robot d’assainissement WatAIR pour proposer un accès durable au traitement des eaux usées.

En termes d’accès à l’eau potable, « l’Afrique subsaharienne est la région qui accuse le plus de retard : moins de la moitié des établissements scolaires disposent de services élémentaires d’eau (45%) et d’assainissement (50%), et seuls deux établissements sur cinq disposent d’un service élémentaire d’hygiène (37%) », estime le rapport. Face à cette problématique, la société béninoise SSaFE a pensé WatAIR, un robot fonctionnant comme une « mini-station d’épuration », comme l’explique Marielle Agbahoungbata, cofondatrice de la société. Scientifique et chercheuse en chimie à Sèmè City Institute of Technology and Innovation (SCITI) au Bénin, elle a été, par son expérience personnelle, très vite confrontée aux effets d’un accès limité à l’eau traitée.

Enfant, elle grandit à Cotonou, puis à Savè, au nord du Bénin, où la norme pour les jeunes filles était de devoir réaliser la corvée d’eau. « En étant jeune fille, on était chargée de la corvée d’eau avec nos mères », explique-t-elle. Le rapport le souligne, la « corvée d’eau », ou responsabilité d’aller chercher, parfois à des distances éloignées, l’eau dont dépendent les ménages, est une tâche qui revient très souvent aux femmes et aux filles. « Les femmes et les filles âgées de 15 ans et plus sont les principales responsables de la collecte de l’eau dans sept foyers sans alimentation en eau sur dix », y est-il indiqué. « Ce n’est pas un cas isolé. Je crois que des milliers de jeunes filles au Bénin pourront vous raconter la même histoire », assure Marielle Agbahoungbata. « Pour moi, la normalité était de ne pas avoir de robinet à la maison, et l’exception, d’en avoir », ajoute-t-elle.

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Cette réalité a amené la scientifique à consacrer ses recherches au domaine de l’eau, notamment son assainissement. Le projet WatAIR est né après cela. « Cette idée est née peu après ma soutenance de thèse au Cameroun. J’ai obtenu ma thèse en 2017 », raconte la chercheuse. « C’est autour des années 2020-2021 que j’ai compris beaucoup mieux le potentiel de l’IA », ajoute-elle.

Une mini-station « décentralisée »

Marielle Agbahoungbata a cofondé SSaFE avec deux scientifiques béninois : John Aoga, logisticien de recherche en sciences de données et intelligence artificielle à l’université Catholique de Louvain en Belgique, et Abdou Ambarka Tenga, ingénieur système d’information et aide à la décision à l’Agence de Développement de Sèmè City (ADSC). Ensemble, ils travaillent sur le développement de WatAIR avec une équipe d’étudiants. « Avec nous, nous avons plusieurs jeunes d’université publique nationale, qui soutiennent leurs mémoires de master sur différents aspects du projet », indique Marielle Agbahoungbata.

Le fonctionnement du robot WatAIR s’appuie sur les principes des solutions d’assainissement existantes. Marielle Agbahoungbata cite deux « filières d’assainissement » : la filière d’assainissement collectif, qui récolte les eaux usées chez un grand nombre d’usagers (ménages, entreprises, etc.) et les évacue en continu grâce à un système d’égouts ; et la filière d’assainissement non-collectif, où les eaux usées sont stockées temporairement au niveau des usagers, par petits groupes ou individuellement, la plupart du temps dans des fosses septiques.

Dans ce cas, elles sont ensuite déversées dans l’environnement ou envoyées vers des stations d’épuration, s’il y en a. « WatAIR concilie les avantages de la filière d’assainissement collectif et de la filière d’assainissement non collectif », explique la chercheuse. « C’est une mini-station qui est décentralisée, donc qui peut être utilisée par un seul usager, ou un groupe d’usagers, mais avec les avantages de l’assainissement collectif, tels que la fiabilité, l’efficacité du traitement », ajoute-t-elle.

L’intelligence artificielle au cœur du projet

Marielle Agbahoungbata explique qu’en raison des différents niveaux de pollution, il est souvent nécessaire de définir des stations qui ne traiteront qu’un certain type d’eau usée, comme l’eau issue des ménages ou celle provenant des industries. « Dans le cas du WatAIR, c’est le robot qui s’adapte aux besoins de l’utilisateur », affirme-t-elle. Le robot utilise l’intelligence artificielle pour s’adapter à tout type d’eau usée qu’il reçoit. « En fonction de la nature des polluants et de la charge polluante, il s’adapte automatiquement et définit le processus de traitement le plus adapté pour que l’eau soit propre », explique Marielle Agbahoungbata. « Donc vous pouvez lui envoyer de l’eau usée issue des ménages, de l’eau usée industrielle, d’un hôpital… », ajoute-t-elle.

L’IA collecte également les données de l’eau usée nettoyée par le robot. « Ces données seront utilisées pour faire une meilleure gestion de l’eau, pour faire la maintenance préventive du robot, et pour permettre à l’IA de se renforcer, en apprenant avec ses propres données », indique la scientifique. « Les données sur l’eau sont cruciales pour mieux la gérer, pour prendre des décisions politiques importantes dans la gestion de l’eau, surtout en Afrique où nous manquons cruellement de données », poursuit-elle.

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Pouvant être installé en sous-sol comme en surface, le robot WatAIR vise pour l’instant les zones semi-industrielles. Il est toujours en phase de test en laboratoire, sur une charge polluante limitée. « À terme, nous souhaitons une machine qui puisse traiter l’eau de manière presque illimitée », peu importe la charge polluante, explique Marielle Agbahoungbata.

Pour l’instant, l’équipe qui développe WatAIR cherche encore des financements : « J’en profite pour encourager les investisseurs, car il est important pour moi de reconnaître et remercier la contribution du programme AWITAI ». Porté par le Centre International d’IA AI movement du Maroc, avec ses partenaires l’Unesco et la Fondation OCP, AWITAI est un programme de formation et de financement dédié aux femmes africaines en sciences. Le programme leur a permis de bénéficier d’une incubation, durant laquelle le prototype a pu être développé. « C’est grâce à ce programme que nous avons eu les fonds et le cadre qui nous ont permis de passer de l’idée au prototype. Il y a deux ans, nous n’avions que notre idée », termine la chercheuse.


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