
Le Nigeria, jadis figure de proue de la production mondiale de noix de cajou, a officiellement lancé une offensive stratégique pour non seulement retrouver son statut de leader, mais aussi pour maximiser les retombées économiques de cette filière cruciale.
Cette ambition est étayée par des résultats d’exportation déjà robustes, ayant généré un chiffre d’affaires impressionnant dépassant les 400 millions de dollars. La 4e Journée Nigériane du Cajou a servi de tribune pour réaffirmer la reconnaissance par l’État de la noix de cajou comme un produit agricole stratégique dont l’importance économique est en constante progression.
Malgré l’immense potentiel que représente le secteur de la noix de cajou, l’Afrique est prisonnière d’un paradoxe structurel. Le continent est le principal fournisseur mondial de noix de cajou brutes, une position de force en termes de volume de production. Cependant, cette abondance ne se traduit pas en richesse transformée. La capacité de transformation locale en Afrique reste dramatiquement faible, ne dépassant guère les 10 % de la récolte totale. Pour le Nigeria, historiquement capable de dominer ce marché, ce déséquilibre est une fuite de capitaux et de valeur ajoutée qu’il est impératif de colmater.
L’obstacle majeur qui freine l’essor de la filière nigériane est clairement identifié : l’insuffisance des infrastructures et des capacités de transformation locales. Les chiffres révélés par le président de la Fédération des associations de produits agricoles confirment cette faiblesse, situant le taux de transformation domestique entre 20 et 30 %. Cela signifie que la majorité écrasante des noix de cajou nigérianes est exportée à l’état brut (Raw Cashew Nuts – RCN). En conséquence, le Nigeria se prive des marges substantielles générées par les étapes ultérieures du processus industriel, telles que le décorticage, la torréfaction, le salage et l’emballage. C’est une perte sèche de valeur ajoutée qui bénéficie aux pays transformateurs, principalement en Asie.
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Afin de corriger ces déséquilibres et d’atteindre l’objectif ambitieux d’une production avoisinant le million de tonnes « dans un horizon de deux à cinq ans, sous réserve d’une planification adéquate, » comme l’a souligné Shérif Balogun, la stratégie nationale s’articule autour de deux axes fondamentaux et complémentaires : l’exploitation du marché intérieur comme moteur de croissance et la la montée en gamme et la fabrication de produits à haute valeur ajoutée.
Avec une population dépassant 200 millions d’habitants, le Nigeria dispose d’un marché intérieur gigantesque et largement inexploité pour la noix de cajou. L’expansion et la structuration de ce marché domestique sont perçues comme une garantie de débouchés stables et prévisibles pour les producteurs locaux et les nouvelles unités de transformation. Cela vise à réduire la dépendance aux aléas des marchés d’exportation de matières premières brutes. La priorité stratégique est de basculer d’une économie d’exportation de matières premières brutes à une industrie de transformation sophistiquée. L’accent est mis sur le développement d’une gamme étendue de produits dérivés à forte valeur ajoutée. Cette diversification inclut, mais ne se limite pas, au lait végétal de cajou, à l’huile de coque de cajou (CNSL), aux beurres et pâtes de cajou, aux divers types de snacks, confiseries et ingrédients à base de cajou transformé. Ce virage vers la transformation avancée est la clé pour que le Nigeria puisse capter la richesse qui lui échappe actuellement.
La détermination à transformer radicalement l’industrie de la noix de cajou est portée par les plus hautes instances du secteur. Joseph Ajanaku, président de l’Association nationale de la noix de cajou du Nigeria (NCAN), a clairement exprimé cette résolution : « Nous sommes résolus à développer la capacité de production du Nigeria pour rétablir notre position de premier rang, que nous avons déjà occupée. L’objectif n’est pas seulement d’augmenter la quantité brute produite, mais, plus fondamentalement, d’améliorer la qualité et d’intensifier la transformation locale pour maximiser les bénéfices pour l’économie nationale, créant ainsi des emplois et de la richesse sur place ». Ce plan ambitieux marque un tournant pour le Nigeria, qui cherche à devenir non seulement un géant de la production, mais surtout un acteur incontournable de la transformation mondiale de la noix de cajou.






