
De jours en jours, les habitants des quartiers Sèyivè, PK 10 et environ dans la commune de Sèmè-Podji assistent impuissamment à l’érosion côtière. Les initiatives tant communales que gouvernementales peinent à freiner l’élan dévastateur de l’océan.
D’un mètre en 2010, l’océan avance aujourd’hui à plus de 25 m par an avec des dégâts inestimables. Habitations englouties, populations naturellement chassées et devenant du coup des sans abris ou des squatters et disparition progressive de la berge. Le tableau est si sombre et l’avenir si inquiétant. Les travaux confortatifs n’ont protégé que les zones de Donaten, quartier Jack et environ. Mais selon les dires du chef quartier de Sèyivè, le problème s’est déplacé pour trouver refuge dans la commune de Sèmè-Podji.
‹‹ Lorsqu’on réalise des travaux confortatifs à l’ouest, cela impacte les habitants de l’est. Et à cette allure, si rien n’est fait, même le poste de péage-pesage d’Ekpè sera atteint ››. A confié Michel Jérôme Dossou, secrétaire général de l’Association de développement socio-économique et culturel de Seyivè à nos confrères de 24h au Bénin en 2017. Malgré les efforts du gouvernement depuis lors, les résultats peinent à soulager les habitants.
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Dans un témoignage que nous avons recueilli, Adophe Hounton, administrateur des biens de feu Hounton dit ne plus être en mesure de bénéficier de l’héritage que leur a légué leur feu père. Quand nous étions encore plus jeune, confia-t-il, nous voyions l’océan de très loin si nous étions sur la terrasse de cette maison. En moins de 20 ans, nous voici sur une terrasse presque détruite par cet océan qui ravage d’ailleurs tout sur son chemin.
Comme vous pouvez le constater, nous ne pouvons plus habiter cette maison à moitié engloutie par la mer. Larmes aux yeux, Adolphe confie qu’il squatte depuis quelques mois pour faute d’habitation et de moyens de relogement. Il a donc lancé un appel aux autorités à divers niveaux pour des mesures plus urgentes en faveur de ces habitants.
Le dernier épi s’étant arrêté sur la limite PK 10 – Sèyivè, ce dernier quartier subit drastiquement les affres de l’érosion puisque la vague se dirige vers les côtes de ce quartier et pour absence des épis, les dégâts s’installent.
Des projets qui peinent à soulager les habitants
Le gouvernement ne tarit pas d’initiatives en matière de lutte contre l’érosion côtière sur les berges du Littoral. Des travaux confortatifs à l’éducation éco-citoyenne, les gouvernements successifs du Bénin ont tenté, chacun avec les moyens financiers disponibles, de combattre en vain ce fléau.
En juillet 2017, le ministre du cadre de vie, José Tonato, avait procédé au lancement officiel de la deuxième phase de la lutte contre l’érosion côtière à l’Est de Cotonou. La première phase dudit projet avait englouti une bagatelle somme de 40 milliards de francs CFA. Mais la faiblesse de cette phase, c’est le délai trop long entre la phase des conclusions de l’avant-projet détaillé et celle de la mobilisation des fonds. Ce qui a fait que les résultats n’ont pas été aussi concluants; d’où l’importance de la seconde phase afin d’achever ce que la phase 1 n’avait pas pu accomplir. A terme, selon le ministre Tonato en son temps, cette phase devrait permettre la protection des côtes sur une distance de 121 kilomètres de côtes dont dispose le Bénin. L’objectif visé est de développer le tourisme balnéaire et d’autres activités touristiques pour rentabiliser les nombreux investissements que le régime Talon a engagés dans son Programme d’action du gouvernement (PAG).
Le projet URBACOT « Observatoire des dynamiques Urbaines Côtières en Afrique de l’Ouest », porté par l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD Bénin) et associant le laboratoire PRODIG (UMR8586) et l’Université d’Abomey-Calavi, vise, quant à lui, à développer les recherches urbaines dans la zone côtière ouest-africaine. Dans ses nombreuses activités, le projet devrait s’intéresser aux enjeux environnementaux de cette zone côtière fragile et en tension soumis à de fortes pressions anthropiques et à des risques (inondations, érosion côtière…)
En accord avec le gouvernement béninois, la Banque mondiale, à travers le projet WACA (Programme de gestion du Littoral ouest-africain), développe une politique de lutte contre l’érosion côtière dans le pays. Suivant la fiche statistique de ce projet, le Bénin compte actuellement 1.9 million d’habitants vivant sur les côtes. Soit un taux de 17% de la population totale du pays. Au même titre, 1.8 millions (97% de la population côtière) constituent la population urbaine côtière.
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Les différentes études réalisées ont démontré que la zone côtière autour de Cotonou reflète le mouvement dominant du sable d’ouest en est, créant visiblement une accumulation de sable à l’ouest du port et une érosion à l’est (comprenant les quartiers Donaten, PK 10 et Sèyivè).
De nombreuses études ont également montré que le réchauffement de la terre et les actions anthropiques en milieux littoraux sont les principaux facteurs de la transgression océanique. L’érosion côtière est donc devenue un enjeu et un défi pour toutes les nations. Et ce défi, le littoral béninois et les côtes de Cotonou et environs payent le prix depuis peu. Mais en attendant que les efforts aboutissent pour soulager les habitants de Sèyivè et de Sèmè-Podji, l’océan continue toujours son chemin dévastateur.