
Entre ambitions technologiques et réalités de terrain, l’accès limité à Internet et le coût élevé de la connectivité menacent de freiner cette transformation.
Le Burundi franchit une nouvelle étape dans la dématérialisation de son appareil judiciaire. Après des expérimentations réussies sur les audiences à distance et la gestion électronique des dossiers, l’État prépare le déploiement de la plateforme « E-Justice ». Ce dispositif centralisateur vise à interconnecter tous les acteurs, de la police judiciaire aux établissements pénitentiaires, en passant par le ministère public et les juridictions. Le but principal de ce projet est d’accélérer les procédures, sécuriser la conservation des dossiers et offrir aux citoyens la possibilité de déposer des plaintes ou de suivre leurs dossiers en ligne.
Si les premiers succès sont notables, notamment à Makamba où 127 professionnels ont été formés à l’usage de bibliothèques juridiques virtuelles et plus de 15 000 dossiers ont déjà été digitalisés, le projet se heurte à un obstacle structurel majeur : la fracture numérique. Le déploiement de l’E-Justice intervient dans un contexte de faible pénétration d’Internet. Selon les données de DataReportal, seulement 11,1 % de la population burundaise utilisait le web fin 2025. Plus inquiétant encore, la couverture réseau reste hétérogène : si la 3G atteint 53,2 % de la population, la 4G ne couvre que 32,2 % du territoire.
Au-delà de la simple couverture, c’est l’accessibilité financière qui pose problème. Le coût de la donnée mobile demeure prohibitif pour la majorité des ménages. En 2024, le prix de 1 Go de données représentait 10,4 % du revenu national brut par habitant, un chiffre bien au-dessus du seuil de 2 % recommandé par les instances internationales pour garantir une véritable inclusion numérique.
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La modernisation ne peut se limiter à la mise en place d’un logiciel ; elle exige une infrastructure matérielle et humaine. Malgré la remise d’ordinateurs aux tribunaux de grande instance par la présidence en 2023, les besoins restent notables. Le président de la Cour suprême avait d’ailleurs souligné la nécessité d’équiper chaque magistrat d’un poste individuel pour garantir l’efficacité du système.
Pour éviter que la justice numérique ne devienne une justice à deux vitesses, le projet E-Justice prévoit la création de points d’assistance. Ces structures seront cruciales pour accompagner les usagers, notamment en zones rurales, qui ne maîtrisent pas encore les outils numériques ou qui sont dépourvus d’équipements adaptés. Le succès de cette transition dépendra donc de la capacité de l’État à transformer l’outil numérique en un service réellement accessible à tous les Burundais.






