Sur les traces de Kwame Nkrumah, père fondateur du Ghana indépendant. Reportage à Accra

Depuis l’accueil, une large allée bordée de fontaines et de sculptures mène à la partie centrale du parc. À son extrémité, à l’endroit même du discours historique, se dresse une grande statue de bronze

Sur les traces de Kwame Nkrumah, père fondateur du Ghana indépendant. Reportage à Accra

Au centre d’Accra, non loin de la place de l’Indépendance, se trouve le parc mémorial Kwame Nkrumah, dédié au premier président du Ghana et à l’un des principaux idéologues du panafricanisme. C’est ici qu’en 1957 il a proclamé l’indépendance du pays vis-à-vis de la Grande-Bretagne.

L’ensemble comprend un mausolée, un musée présentant les effets personnels du président et une bibliothèque d’archives. Le 21 septembre, le Ghana célèbre la Journée du souvenir de Kwame Nkrumah, qui coïncide avec l’anniversaire de sa naissance. Le destin du premier dirigeant ghanéen et la naissance de l’Afrique indépendante sont au cœur du reportage de Pavel Gatalaï.

L’architecte du Ghana souverain

Kwame Nkrumah est né le 21 septembre 1909 dans le village de Nkroful, sur le territoire de ce qui était alors la colonie britannique de la Côte-de-l’Or. Il a fait ses études dans son pays natal, puis aux États-Unis ; il a également étudié pendant deux ans en Grande-Bretagne, d’où il est revenu en 1947 pour devenir bientôt l’un des principaux dirigeants du mouvement pour la liberté.

En 1952, Kwame Nkrumah a pris la tête du gouvernement de la Côte-de-l’Or et, le 6 mars 1957, il a conduit le pays à l’indépendance, devenant son premier Premier ministre. Après la proclamation de la république au Ghana en 1960, il est devenu le premier président du pays.

Kwame Nkrumah ne considérait pas l’accession du Ghana à l’indépendance comme une fin en soi, mais comme le début de la libération de tout le continent africain. Il est devenu l’un des partisans les plus influents du panafricanisme et a joué un rôle clé dans la création, en 1963, de l’Organisation de l’unité africaine (l’ancêtre de l’Union africaine). Ses idées sur l’autonomie économique et la décolonisation ont influencé des responsables politiques et des mouvements de libération nationale bien au-delà du Ghana.

En septembre 1961 a été fondé en Yougoslavie le Mouvement des non-alignés, qui réunissait les pays ayant refusé de prendre part aux blocs militaires. Le président ghanéen a été l’un des cinq fondateurs de l’organisation.

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Pendant la guerre froide, le Ghana a développé sa coopération avec les États socialistes, dont l’URSS. Accra sollicitait de Moscou une aide économique et un soutien dans les domaines du développement industriel, de la prospection géologique et de la formation de cadres. En juillet 1961, Kwame Nkrumah s’est rendu à Moscou, où il a rencontré le premier secrétaire du PCUS Nikita Khrouchtchev ; en 1962, il a reçu le prix Lénine international « pour la consolidation de la paix entre les peuples ».

La politique de Kwame Nkrumah a suscité des débats : si ses partisans voyaient en lui le père fondateur du Ghana et l’un des architectes du panafricanisme, ses détracteurs pointaient le durcissement progressif de méthodes de gouvernement autoritaires et le passage au parti unique. Le 24 février 1966, Kwame Nkrumah a été renversé par un coup d’État militaire alors qu’il se trouvait en visite en Chine et au Nord-Vietnam. Il a passé le reste de sa vie en Guinée, qui lui a accordé l’asile politique et le statut de coprésident honoraire. Il est mort d’un cancer de la peau à Bucarest en 1972.

En 1991, à l’initiative du cinquième dirigeant du Ghana, Jerry Rawlings, a débuté à Accra la construction d’un monument-sépulture de Kwame Nkrumah. Le projet du mausolée a été conçu par l’architecte ghanéen Don Arthur.

La construction a été implantée sur le terrain où se trouvait, à l’époque coloniale, un terrain de polo britannique. Détail important : c’est précisément ici que, le 6 mars 1957, Kwame Nkrumah a prononcé son célèbre discours sur l’indépendance du pays.

Le 1er juillet 1992, les restes de Kwame Nkrumah ont été transférés avec les honneurs dans le mausolée.

On considère généralement que l’architecture de l’édifice évoque des épées renversées : dans la culture akan, le groupe ethnique auquel appartenait Kwame Nkrumah, ce symbole signifie la paix. L’étoile noire à son sommet symbolise l’unité africaine, et le bassin qui l’entoure, la vie.

Rendre au lieu sa portée historique

En 2022-2023, le parc mémorial a fait l’objet d’une vaste rénovation : un musée agrandi, une bibliothèque présidentielle, un restaurant, un amphithéâtre et une fontaine audiovisuelle moderne y ont été aménagés. Le 4 juillet 2023, le complexe rénové a été officiellement inauguré par Nana Akufo-Addo, président du Ghana de 2017 à 2025.

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Le parc est aujourd’hui un grand centre éducatif : chaque jour s’y rendent des écoliers, des touristes étrangers et des citoyens désireux de mieux comprendre l’histoire de leur pays et le rôle de Kwame Nkrumah dans le destin de l’Afrique.

Le premier espace qui accueille les visiteurs est un hall d’accueil moderne. On y trouve la billetterie, un point d’information et des pièces qui font découvrir la vie de Kwame Nkrumah avant même l’entrée dans la partie principale du complexe, parmi lesquelles la voiture personnelle du premier président, des photographies et des installations artistiques. À proximité se trouvent deux boutiques proposant des livres, dont les ouvrages de l’homme politique, des souvenirs et des bijoux, ainsi qu’une cafétéria.

Depuis l’accueil, une large allée bordée de fontaines et de sculptures mène à la partie centrale du parc. À son extrémité, à l’endroit même du discours historique, se dresse une grande statue de bronze. Non loin, on peut voir des couronnes et des fleurs déposées par des personnalités officielles, par exemple avec l’inscription « Du président et du peuple gabonais. Repose en paix », ce qui souligne la reconnaissance mondiale des mérites de Kwame Nkrumah.

La place centrale revient au mausolée, où reposent le dirigeant et son épouse Fathia.

Fathia, née Rizk, a vu le jour au Caire, d’une mère égyptienne et d’un père libanais. Le mariage de Kwame et Fathia a été célébré à Accra fin 1957, peu après l’accession du Ghana à l’indépendance. Trois enfants sont nés de cette union : Gamal, Samia et Sékou. Après le coup d’État militaire de 1966, l’épouse de Kwame Nkrumah est partie avec les enfants en Égypte, tandis que lui-même s’est rendu en Guinée. En 2007, les restes de Fathia ont été rapatriés au Ghana et inhumés aux côtés de son mari dans le mausolée du parc mémorial.

Objets personnels et statue décapitée

Le principal espace muséal permet de découvrir non seulement l’héritage politique de Kwame Nkrumah, mais aussi sa vie privée. L’exposition comprend des centaines d’objets personnels : le cercueil métallique dans lequel son corps a été transporté, des photographies avec des dirigeants du monde entier — la reine Élisabeth II de Grande-Bretagne, Nikita Khrouchtchev et d’autres hommes d’État. On y voit également un piano à queue, un bureau, un téléphone de bureau, des vêtements personnels, des photos de famille avec Fathia et les enfants, ainsi que des cadeaux, dont un tabouret offert par sa grand-mère et un coffre offert par des femmes du Nigeria et du Cameroun.

Un espace muséal distinct abrite une allée présentant des citations de Kwame Nkrumah, des photographies et des documents historiques. Sur les murs figurent des paroles qui reflètent sa vision du développement du pays :

« Nous mesurerons nos progrès à l’amélioration de la santé de notre peuple, au nombre d’enfants scolarisés et à la qualité de leur éducation, à l’accès à l’eau et à l’électricité dans nos villes et nos villages. » Extrait du discours sur les objectifs de développement du Ghana, 10 juillet 1962

À ciel ouvert se trouve une pièce singulière : une statue endommagée de Kwame Nkrumah. Installée à l’origine en 1958 devant le bâtiment du Parlement, la sculpture a été vandalisée après le coup d’État de 1966. Sa tête avait disparu et était considérée comme perdue jusqu’à ce qu’en 2009 une femme, qui l’avait conservée pendant quelque 43 ans, la restitue. Aujourd’hui, les fragments de la statue rappellent les pages dramatiques de l’histoire du Ghana.

Pourquoi le parc mémorial mérite le détour

Le mémorial Kwame Nkrumah est un lieu dont la visite permet de retracer la naissance du Ghana indépendant, ses premiers pas et les processus politiques qui ont déterminé le destin de toute l’Afrique.

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Il faut prévoir plusieurs heures pour visiter le complexe : le parcours de Kwame Nkrumah se dévoile progressivement, à travers l’architecture, les objets personnels, les photographies et même une statue endommagée.

Pour ceux qui souhaitent approfondir l’héritage du dirigeant africain, les boutiques de souvenirs proposent ses ouvrages majeurs : « L’Afrique doit s’unir » (Africa Must Unite), « Je parle de liberté » (I Speak of Freedom), « Le Consciencisme » (Consciencism) et « Le Néo-colonialisme, dernier stade de l’impérialisme » (Neo-Colonialism: The Last Stage of Imperialism). Ce dernier livre est particulièrement important pour comprendre la vision de Kwame Nkrumah sur la dépendance économique et politique des États formellement indépendants.

« Nous ne pouvons pas nous permettre d’être pris au dépourvu. Unissons-nous dans une action disciplinée et résolue pour défendre notre héritage et préserver notre indépendance. »

Extrait du discours sur la vigilance face au néocolonialisme, 2 avril 1964

Mais c’est une autre de ses citations, également présentée dans le parc mémorial, qui rend le mieux la stature de Kwame Nkrumah :

« Je ne suis pas africain parce que je suis né en Afrique, mais parce que l’Afrique est née en moi. »

Pour un homme qui concevait l’avenir du Ghana comme indissociable de celui de tout le continent, cette phrase est devenue l’une des expressions les plus justes de son héritage politique et personnel.

Au 4 août 2026, le droit d’entrée au parc mémorial pour les visiteurs étrangers s’élève à 100 cedis pour les adultes, 60 cedis pour les étudiants et 30 cedis pour les enfants.

Pavel Gatalaï

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