
L’avancée du fleuve Mono couplée à l’érosion côtière à la hauteur de Gbèkon, à Grand-Popo devraient engendrer l’ouverture d’une nouvelle embouchure. Une île se créerait et des villages, y compris les bureaux de l’arrondissement d’Avlo se retrouveraient coupés du reste du monde. Heureusement, les travaux d’urgence de stabilisation de la côte ont pu prévenir la localité d’une telle catastrophe.
« Quand on était petits, l’endroit que vous voyez loin au large du lac était en terre ferme et nous servait d’espace de jeux. Mais aujourd’hui, le cours d’eau a tout dévasté et une embouchure s’annonce éminemment ». Ce sont là les propos, en langue Mina, de dame Houènoussi Amoussou Lify, ménagère, 120 ans, et adepte de la divinité « Dan ». Contrainte de subir les affres de cet avancement des eaux, dame Amoussou dit être impuissante face aux désastres et tout espoir était presque perdu en la matière.
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La saison de crue du fleuve Mono attendue pour août – septembre 2019 et la montée des eaux marines de la même année, devraient occasionner une rupture de la langue de terre sur le site de Gbèkon, qui réunit souvent la communauté « vodoun » lors de la fête des religions traditionnelles. Le point critique étant atteint, il fallait agir en urgence.

En attendant donc les travaux confortatifs d’aménagement et de stabilisation de cette berge sud du fleuve Mono par le Projet d’Investissement, de Résilience, des Zones Côtières en Afrique de l’Ouest (WACA), des travaux d’urgence ont été effectués sur le site afin de repousser le lac.
« Ces travaux d’urgence ont permis de reconstituer des profils des plages sur la place du 10 janvier et de gagner une berge reconstituée sur près de 150 m », a fait savoir Dr Moussa Bio Djara, géomorphologue, expert en aménagement des espaces littoraux, spécialiste technique littoral du Projet WACA – Unité intégrée de Gestion des Projets (UIGP).
Le site de Gbèkon, suivant les explications du spécialiste, est une zone très sensible d’un point de vue environnemental et riche sur le plan patrimonial. Il s’avère donc particulièrement stratégique pour le développement économique de la côte ouest du Bénin. « Heureusement d’ailleurs pour nous puisqu’on assistait, dans l’impuissance totale à la disparition de cette place qui sert de manifestations culturelles, cultuelles et traditionnelles pour nous », se réjouit aujourd’hui Evrard Kinkpa, quadragénaire et l’un des gardiens traditionnels du site.
Un dragage technique
Compte tenu des aléas climatiques, la dynamique hydro sédimentaire qui prévaut sur le site de Gbèkon a entrainé une érosion fluviatile sévère de la berge sud du fleuve Mono suivant le sens de la concavité. Cette érosion se trouve accentuée avec la mobilité de l’embouchure ce qui s’accompagne de violents phénomènes d’érosion de la berge détruisant littéralement les plages, les villages entiers ainsi que les infrastructures tant routières que socio-communautaires. En somme, le long de la langue de terre était sur le point d’être pris au piège dans cet endroit de l’arrondissement qui compte pourtant neuf (9) villages.
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Les travaux d’urgence sur le site de Gbèkon ont consisté donc à faire un apport de sédiments pour avoir un profil, une berge reconstituée et un espace entre la berge fluviale et une distance de sécurité entre la lagune côtière et l’océan. « Nous avons réalisé un profil à pente douce avec un tassement hydraulique puisqu’on a fait le dragage de tel enseigne qu’un fond soit créé à l’intérieur », explique le spécialiste.
A un coût estimé à 420 millions de francs CFA, les travaux d’urgence ont permis d’éviter une nouvelle embouchure et surtout la création d’une île dans cet arrondissement de Gand-Popo.
Quid du respect de l’environnement ?
« Les travaux d’urgence de stabilisation de la berge sud du fleuve Mono ont été effectués, dans le strict respect des normes environnementales », a rassuré le spécialiste en environnement au sein de l’UIGP, commandant Melchior Kouchadé. En ce qui concerne donc les facteurs qui influencent l’érosion fluviale (vitesse du courant d’eau, le dépôt sédimentaire et la bathymétrie du fond Ndlr), des travaux ne pourront plus engendrer une érosion de l’autre côté de la berge qui dispose déjà d’une végétation puisque ces facteurs sont maîtrisés.

Et pour consolider également le sol de la berge reconstituée, des experts ont pensé et mis en terre des palétuviers et des cocotiers. « A terme, il ne restera que les cocotiers puisque cette zone est un site touristique et le projet envisage le transformer en un site écotouristique. Les palétuviers ne permettront donc pas d’atteindre cet objectif », a signifié Melchior Kouchadé, spécialiste en sauvegarde environnemental.
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L’implication des populations riveraines dans le projet a permis de mobiliser ces dernières pour l’entretien de la zone en général et de l’espace reboisé en particulier. Aussi, s’implique la mairie de Grand-Popo par le biais de l’agent forestier responsable de la section communale de l’environnement, des eaux et forêts. « En cas de dysfonctionnement, l’UIGP est mise au courant et les actions sont diligentées pour la cause », a martelé le commandant Melchior Kouchadé qui a d’ailleurs signifié que les travaux définitifs de stabilisation de la berge tiendront compte de l’existant.