Angélique Kidjo est une artiste majeure béninoise de la scène internationale, mondialement connue. Sa voix traverse, depuis plusieurs décennies, les continents, les cultures et les générations.
Elle a été nourrie très tôt par le théâtre et les traditions de son pays, avant de quitter le Bénin dans les années 80 pour rejoindre Paris. C’est là que sa carrière a véritablement débuté. Elle a imposé un langage musical unique. Son parcours est aussi marqué par un engagement fort en faveur des droits des femmes et de l’éducation. Le 24 avril 2026, elle a sorti un album Hope!! et elle lance sa tournée en France. Elle sera le 25 juin au Niort Jazz Festival, le 6 juillet au festival Jazz à Vienne ou encore le 28 juillet aux Nuits de Robinson à Mandelieu-la-Napoule.
Franceinfo : Hope!! Arrive aujourd’hui comme un album manifeste, dans quel état d’esprit étiez-vous au moment de sa création ?
Angélique Kidjo : J’étais dans un état d’esprit de deuil, d’acceptation du fait que ma maman ne sera plus là et d’accepter aussi que je suis devenue orpheline. C’est vrai que mes parents ont été ces deux personnes qui ont installé en moi une boussole de moralité et de valeurs. « Ça a été cinq ans de gestation en moi. Aujourd’hui, je suis devenue adulte parce que je n’ai plus mon père et ma mère à appeler quand j’ai un problème. »
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Quand on se retrouve en face de son enfant qui vous pose des questions, on se demande : ‘Est-ce qu’il y a un futur pour elle ?’ C’est difficile de trouver une réponse. Le seul outil que j’ai, c’est la musique, pour transmettre ce mal-être que ma fille a pu articuler et que je vois aussi chez les jeunes. Pour moi, cet album a été ce moment de réflexion dans le présent, mais surtout dans le futur. Qu’est-ce qu’on arrive à créer ensemble dans un monde fracturé ? Où est-ce qu’on trouve la colle qui colle tout ?
Quels sont les choix les plus difficiles que vous ayez eus à faire dans votre carrière ?
De partir de chez moi sans autorisation de sortie d’un gouvernement dictatorial. Ma dernière image avant mon départ, c’est mon père en sanglots derrière le volant. Il m’a laissée loin de l’aéroport en me disant que, si je tombais sur le mauvais douanier et que je finissais ma vie en prison, il ne se le pardonnerait jamais. J’avais peur et j’ai dit à mon père, qu’il nous a appris à être indépendants, le choix de ma vie, je dois le faire. Ce n’est pas lui qui va vivre ma vie à ma place, il me l’a appris tous les jours. Je ne voulais pas qu’il pense avec culpabilité que, si quelque chose m’arrive, il sera responsable. Quoi qu’il arrive, je ne lui en voudrais jamais.
Vous dites aussi que l’espoir se chante pour ne pas s’éteindre d’en haut. On ressent effectivement que vous transformez la tristesse en énergie. Comment la musique permet-elle cette métamorphose ?
Je pense que je vis chaque jour comme si c’était le dernier. Il y a tellement de beauté dans la vie, si on ne veut pas le voir, on ne le voit pas. Cet espoir que j’ai cultivé depuis que je suis gamine m’a permis d’aller vers toutes les cultures. Grâce à la musique, j’ai pu voyager partout et voir des gens à mes concerts avec des larmes, des gens avec des sourires. J’ai une sœur, quand elle vient aux concerts, elle est censée m’aider après, mais elle est toujours dehors. Et elle me dit que le concert, ce n’est pas dans la salle que ça se passe, c’est une fois que c’est fini. Dehors, les gens ont la banane. C’est la partie que j’aime le plus dans mon métier :donner quelque chose de positif, de fort aux gens. L’espoir a toujours été mon moteur dans tout ce que je fais.
Est-ce que cet album vous a reconnecté à l’enfant que vous étiez, à cette petite fille qui chantait déjà dans la troupe de théâtre de sa mère à six ans ?
Complètement, parce que quand j’ai commencé ma carrière, c’est ma maman qui me faisait mes tenues. Elle m’a passé aussi beaucoup de valeurs, elle me disait toujours qu’on peut être sexy sans être nu,. C’est quand on ne montre rien qu’on est sexy, on laisse la place à l’imagination. Elle disait aussi toujours, avant de monter sur scène, il faut être prêt à être nue spirituellement et il m’a fallu des années pour le comprendre. Donc, je suis revenue à mes débuts, quand j’ai commencé avec cette voix qui a toujours été là, me demandant comment je voulais être habillée. Mon père filmait mes concerts et me laissait une semaine d’euphorie et une semaine après, on faisait une projection. Les pires critiques de ma carrière seront toujours ces moments, ça devenait un film à voir et tout le monde était là et en même temps, ça m’a pris une exigence dans le travail que je fais.
Je voudrais qu’on parle de la chanson You can. Ça sonne comme une lettre très intime, qu’avez-vous voulu transmettre à Naïma à travers cette chanson ?
Un matin, elle se réveille et me dit, ‘Maman, je dois faire le deuil du monde qui nous a été promis et avant que tu répondes, tous tes mots, je les connais, ça ne résoudra pas le problème’. On est dans une crise et ma réponse, en tant que mère, c’est de dire à cette jeunesse, à ma fille, que leur futur est dans leurs mains.
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C’est ça You can parce qu’il y a plein de bagarres que j’ai déjà faites, j’ai essayé de faire le maximum que je peux. Maintenant, je vous passe le bébé, nourrissez ce bébé, qu’il grandisse bien et que ce soit un bébé que tout le monde a envie d’aimer.
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