La Chronique de Nelie : Le patriotisme africain, nos dirigeants s’en abstiennent

Tant que l’Afrique applaudira davantage les discours que les constructions institutionnelles, tant qu’elle préférera l’émotion à la stratégie, elle continuera à subir des rapports de force qu’elle prétend pourtant dénoncer.

L’Afrique Awards, tenue à Nairobi, est la preuve une fois encore qu’Emmanuel Macron conserve la stratégie et la détermination d’un dirigeant qui se bat pour conserver ses intérêts sur le continent africain.

Et oui, qu’a-t-il réellement fait ?  Emmanuel Macron a défendu les intérêts de son pays avec méthode, constance et l’assurance d’un chef d’État qui sait exactement ce qu’il représente et ce qu’il veut préserver pour son peuple. Et c’est précisément là que le débat devient intéressant.

Car pendant que beaucoup d’Africains s’indignent des mots de Macron à Nairobi, peu osent regarder la vérité en face, le véritable scandale n’est pas qu’un président français se bat pour la France. Le véritable scandale, c’est l’absence d’engagement et de bataille du genre de la part des dirigeants africains au profit de l’Afrique.

La France défend ses intérêts en Afrique. La Chine fait de même tout comme les États-Unis sur le même continent. Quant à la Russie, la Turquie, les Émirats et même l’Inde, tous s’investissent pour défendre leurs pays respectifs sur le continent africain.

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Dans les relations internationales, il n’existe ni charité permanente ni amitié éternelle. Il n’existe que des intérêts  durablement négociés. Et ça, le président Jacques Chirac l’avait clairement signifié. Et donc pour la  France, il n’est pas question pour elle de perdre son pré-carré qu’est l’Afrique. Alors, pourquoi les Africains s’étonnent-ils qu’Emmanuel Macron parle comme un président français? Ce qui devrait nous déranger n’est pas le patriotisme français, c’est l’absence tragique de patriotisme stratégique chez une partie des élites africaines.

Soyons honnêtes, aucun sommet Afrique-France, Afrique-Europe, Afrique-Chine ou Afrique-États-Unis ne peut exister sans l’accord, la présence et parfois même l’empressement des dirigeants africains eux-mêmes. Personne ne force des chefs d’État souverains à monter dans un avion, à signer des accords ou à s’asseoir à des tables diplomatiques et prendre des photos. Malheureusement, ils y vont sans un véritable projet et pour des intérêts personnels. Ou parfois parce qu’ils manquent de vision pour construire autre chose que le modèle de développement imposé par les autres. Mais je pense qu’il est trop facile de trouver des boucs émissaires  tout en exonérant nos propres responsabilités politiques africaines.

Oui, l’histoire coloniale fut brutale. Oui, des crimes furent commis. Oui, l’Afrique a payé un prix immense dans les rapports de domination mondiaux. Mais après les dénonciations, une question demeure; que faisons-nous aujourd’hui de notre souveraineté ? Car la souveraineté ne se proclame pas uniquement dans les discours enflammés sur les réseaux sociaux. Elle se construit par des institutions solides, une économie productive, une élite compétente, une vision stratégique et surtout des dirigeants capables de défendre leurs peuples avec la même énergie que Macron défend le sien. C’est cela que beaucoup refusent d’admettre.

On peut critiquer Emmanuel Macron. On peut contester la politique française en Afrique. On peut dénoncer certaines contradictions historiques de France. Mais on ne peut pas reprocher à un président français de chercher par tous les moyens de défendre et de conserver les intérêts de la France. Macron ne gouverne pas pour Bamako, ni pour Ouagadougou, ni pour Cotonou, encore moins pour Kinshasa. Il gouverne pour Paris et pour les intérêts français tels qu’il les perçoit. Et donc la vraie question est : où sont les dirigeants africains capables d’assumer la même responsabilité historique envers leurs propres peuples ? Parce qu’au fond, le problème africain n’est pas seulement la présence des puissances étrangères. Le problème africain est aussi la faiblesse politique, intellectuelle et stratégique de nombreuses classes dirigeantes africaines qui préfèrent parfois le confort de la dépendance aux exigences de la souveraineté réelle.

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Le monde respecte les nations qui se respectent elles-mêmes. Et tant que l’Afrique applaudira davantage les discours que les constructions institutionnelles, tant qu’elle préférera l’émotion à la stratégie, elle continuera à subir des rapports de force qu’elle prétend pourtant dénoncer. Macron fait ce que tout dirigeant sérieux ferait; il défend son pays. Le jour où les dirigeants africains feront tous de même avec la même constance, la même rigueur et le même sens des intérêts nationaux, alors peut-être que les sommets sur l’Afrique cesseront enfin de se tenir sans l’Afrique.

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