
L’annonce faite par le Président ghanéen, John Mahama, lors de son allocution du Nouvel An, a retenti comme un signal fort de souveraineté économique. Le Ghana s’apprête à se retirer « avec dignité » du programme du Fonds monétaire international (FMI).
Ce départ, que le chef d’État a tenu à qualifier d’une cessation d’accord entre « partenaires » et non de « suppliants », intervient dans un contexte de redressement économique spectaculaire et inattendu. Une convalescence économique spectaculaire La décision du retrait est intrinsèquement liée aux progrès macroéconomiques réalisés par Accra, qui dépassent les attentes les plus optimistes du FMI lui-même.
L’inflation, véritable fléau économique qui avait atteint un pic alarmant de plus de 23 % à la fin de l’année 2024, est désormais en forte décélération. Les projections actuelles tablent sur un taux autour de 5 % d’ici la fin de l’année 2026. Atteindre un tel niveau, qui représente presque une décimation du taux maximal en seulement deux ans, était considéré comme une chimère il y a douze mois à peine.
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La devise ghanéenne, le cedi, a montré une résilience impressionnante. Après des difficultés prolongées et un effondrement notable en 2022, le cedi a regagné environ 30 % de sa valeur face au dollar américain au cours du premier semestre de 2025. Cette stabilisation monétaire est largement soutenue par la performance exceptionnelle du secteur de l’or. Les exportations du métal précieux ont atteint 10,31 milliards de dollars en 2024, affirmant le rôle de l’or comme pilier de la stabilité des devises.
Une croissance du PIB retrouvée
Le Président Mahama a mis en avant une économie en pleine renaissance, en témoigne le taux de croissance du Produit Intérieur Brut (PIB) qui a atteint 5,5 % au troisième trimestre. Cette performance est le fruit d’une amélioration notable dans plusieurs secteurs clés tels que les services et l’agriculture affichent des dynamiques positives, jouant leur rôle traditionnel de moteurs de l’emploi et de la production. La construction et l’industrie manufacturière présentent également des performances encourageantes, signalant une reprise de l’investissement productif.
La confiance au sein du monde des affaires se rétablit progressivement. Bien que timide, le retour des investisseurs étrangers témoigne d’une perception de risque en baisse et d’une amélioration de l’environnement réglementaire et économique. Le bilan d’un programme FMI exigeant. Le chemin parcouru vers cette autonomie retrouvée n’a pas été sans embûches. Le Ghana avait sollicité et obtenu une facilité élargie de crédit de 3 milliards de dollars auprès du FMI en mai 2023. Cette démarche faisait suite à une crise de la dette sévère, culminant avec un défaut de paiement sur sa dette extérieure en décembre 2022. Le programme initial devait s’achever en mai 2026.
L’adhésion au programme du FMI a imposé au pays des réformes structurelles difficiles mais jugées indispensables par le gouvernement pour assainir durablement les finances publiques. Accra a réussi à mener à bien la restructuration de ses euro-obligations et a engagé des négociations fructueuses avec ses créanciers bilatéraux. La France a été le premier État à matérialiser cet effort en signant, en juillet 2025, un accord de restructuration portant sur 87,7 millions d’euros. Les efforts ont porté leurs fruits sur la situation de la dette publique. Le ratio dette sur PIB, qui était de 68,7 % fin 2024, est projeté à 56,6 % pour 2025 par le FMI lui-même. C’est une réduction significative qui apporte une marge de manœuvre budgétaire considérable.
Rappelant que le pays faisait face il y a un an à « une économie à genoux », marquée par une inflation élevée et un chômage massif des jeunes, le Président a attribué ce redressement à la mise en œuvre de ces réformes.Des vulnérabilités structurelles à surveiller.
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Malgré ce tableau largement positif, le retrait du FMI est un pari qui doit prendre en compte certaines faiblesses structurelles persistantes de l’économie ghanéenne. Ces vulnérabilités pourraient potentiellement compromettre la pérennité de l’assainissement si elles ne sont pas traitées avec rigueur. Le ratio recettes fiscales sur PIB stagne autour de 16 %. Ce niveau est inférieur à la moyenne régionale africaine et représente un frein majeur à la capacité de l’État à financer ses propres investissements et services publics sans recourir à l’endettement. Le crédit accordé au secteur privé ne représente que 12 % du PIB. Ce chiffre est très éloigné de la moyenne de 37 % observée en Afrique subsaharienne. Cette restriction du financement est un obstacle à l’expansion des entreprises ghanéennes et à la création d’emplois durables. Les créances douteuses (NPL) atteignent 22,6 %. Ce taux élevé est une conséquence directe de la restructuration de la dette domestique qui a contraint le système bancaire à une extrême prudence. Si nécessaire pour la stabilité financière, cette frilosité limite la prise de risque et l’octroi de nouveaux prêts, ralentissant potentiellement le redémarrage économique global.
Le retrait du FMI, bien qu’annoncé comme un acte de fierté nationale, marque le début d’une nouvelle phase où le Ghana devra prouver sa capacité à maintenir la discipline budgétaire et à s’attaquer aux défis structurels restants sans la supervision directe de l’institution de Bretton Woods. C’est un pari audacieux, fondé sur les succès récents, mais qui exigera une vigilance constante pour assurer que la croissance soit durable et inclusive.






