
De plus en plus, de nombreux citoyens se tournent vers l’automédication pour pallier des maux du quotidien ou par contrainte économique. Si cette pratique semble offrir une réponse rapide à la douleur, elle masque une réalité sanitaire alarmante qui inquiète les professionnels de santé et constitue un piège juridique souvent ignoré.
Pour de nombreux usagers, l’automédication est avant tout une stratégie de survie financière. Delphin Kayode, un citoyen béninois rencontré à Porto-Novo, nous informe que l’automédication intervient en cas de ressources financières inexistantes ou insuffisantes. « Faute de moyens financiers, on n’arrive pas à consulter un médecin pour le diagnostic du mal dont on souffre. Dans ce cas, nous sommes obligés de prendre les comprimés pour nous soulager vite car le coût est beaucoup plus réduit que celui de l’hôpital ».
Cette quête de soulagement immédiat est souvent le premier pas vers une pratique dangereuse. Joël Kpadonou, autre citoyen rencontré, souligne que si les médicaments parviennent à « calmer les douleurs » et apportent un « tout petit peu de soulagement », ils ne règlent jamais la cause profonde du mal. Cette confusion entre soulagement des symptômes et guérison réelle est l’un des pièges majeurs de cette pratique.
Au-delà de la simple douleur, les conséquences médicales sont lourdes. Docteur Omer Dossou-Yovo, médecin généraliste, met en garde contre des risques majeurs, notamment la résistance aux médicaments. « L’automédication peut entraîner des résistances aux médicaments », prévient-il. Le médecin souligne également un problème technique majeur, celui du retard de diagnostic. En prenant des médicaments sans prescription, le patient fausse les examens biologiques. Le docteur cite l’exemple de l’ECBU (examen cytobactériologique des urines) : « un patient peut présenter un résultat apparemment normal alors que l’infection est toujours présente, simplement parce que l’antibiotique pris en automédication a agi sur la bactérie sans pour autant l’éliminer », explique-t-il. À cela s’ajoute la menace du déclenchement d’allergies plus graves, voire mortelles.
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Pour Jacqueline, une autre citoyenne interrogée, « si l’automédication est un réflexe face à un malaise, la persistance des symptômes doit impérativement conduire à une consultation hospitalière ».
Il est donc crucial de rappeler que l’automédication, bien qu’elle puisse masquer certains symptômes, est une pratique à haut risque qui fausse l’interprétation des résultats cliniques et peut aggraver l’état de santé de manière irréversible.
Au Bénin, pour protéger la santé publique et éradiquer le marché illicite, l’État béninois a considérablement renforcé son arsenal législatif : la loi n° 2021-03 du 1er février 2021 portant organisation des activités pharmaceutiques consacre le monopole absolu des pharmaciens pour la préparation, la fabrication et la distribution des produits de santé. Elle prévoit des sanctions judiciaires lourdes (jusqu’à 10 ans de prison et 500 millions de FCFA d’amende) contre la vente illicite de médicaments. En appui, le gouvernement a pris le décret n° 2020-489 portant approbation des statuts modifiés de l’Agence béninoise de régulation pharmaceutique. Ce décret crée l’Agence Béninoise du Médicament et des autres produits de santé (ABMed). Il s’agit de l’autorité nationale de régulation chargée du contrôle rigoureux du marché. Aussi, découvre-t-on le décret n° 2024-1298 qui encadre spécifiquement l’homologation et la mise en service des dispositifs médicaux. Le décret n° 2025-785 du 17 décembre 2025 (modifiant le décret n° 2024-1295) verrouille, quant à lui, la chaîne logistique en réservant exclusivement l’importation et la distribution en gros aux acteurs agréés.
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Consommer des médicaments issus du « marché de rue » ou de la vente informelle constitue donc non seulement un danger mortel pour le consommateur, mais aussi une contribution directe à une activité illégale sévèrement punie par la législation béninoise. Face à la maladie, le diagnostic médical et le recours aux pharmacies agréées restent les seuls remparts efficaces.






