Tribune : Le Sénat et l’EFTP au Bénin : enjeux, liens et opportunités

Avec l’installation du Sénat et la présidence de Patrice Talon, le Bénin passe d’une phase d’accélération des réformes EFTP à une phase d’institutionnalisation.

Le Sénat, prévu par la révision constitutionnelle de 2019 et désormais opérationnel. Ce Sénat n’est pas une simple chambre de relecture. Avec à sa tête un ancien chef de l’État, il devient un outil de stabilisation et de projection.

  1. Garant du cadre législatif et de la cohérence : L’EFTP souffre d’une dispersion des textes : statut des apprenants, certification, financement, partenariat public-privé.  

Le Sénat a pour mission constitutionnelle d’harmoniser et de sécuriser la loi. Il peut porter une loi d’orientation unique sur l’EFTP qui donne une colonne vertébrale à l’ensemble du sous-secteur et évite les contradictions entre ministères.

  1. Porteur d’une vision de long terme : Les réformes de l’EFTP s’étalent sur 10 à 15 ans. Or, le risque est grand de les voir infléchies à chaque alternance.  

Un mandat de 5 ans à la tête du Sénat permet d’inscrire l’EFTP comme un dossier d’État au-dessus des contingences politiques, et d’assurer la continuité.

  1. Relais entre l’État central et les territoires : Par sa composition, le Sénat représentera les collectivités territoriales. Or, 70% des besoins en compétences sont locaux : agriculture à Lokossa, tourisme à Natitingou, BTP à Abomey-Calavi, industrie à la GDIZ. Le Sénat peut ainsi faire le pont entre la stratégie nationale et les réalités des bassins d’emploi régionaux._
  2. Levier de diplomatie économique : Le Président du Bureau du Sénat dispose d’un réseau international. Le Sénat est aussi compétent pour ratifier les accords et conventions. C’est un atout décisif pour sécuriser les partenariats techniques et financiers indispensables à l’EFTP : GIZ, OFPPT Maroc, UE, BOAD, secteur privé.

Quatre opportunités concrètes à saisir

L’arrivée du Sénat sous la présidence de Patrice Talon ouvre une fenêtre d’opportunité unique pour l’EFTP.

  1. Opportunité Législative : Sécuriser et Financer : Adopter un Paquet EFTP: une loi-cadre, une loi sur le statut de l’apprenti en alternance et une loi instituant une taxe d’apprentissage pour créer un Fonds National EFTP autonome.

Cadrer les PPP : Donner un cadre juridique clair pour l’implication de la GDIZ, de Sèmè City et des entreprises dans la gouvernance des CFA.

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Opportunité de Crédibilité et de Mobilisation : “L’Effet Talon” donne un signal fort aux bailleurs et investisseurs. L’EFTP passe au rang de priorité nationale. La stabilité d’un mandat sénatorial de 5 ans offre la visibilité nécessaire pour lancer des financements structurants de la Banque mondiale, de l’UE ou de la BOAD pour l’équipement des plateaux techniques.

  1. Opportunité Territoriale : L’adéquation formation-emploi : Chaque sénateur peut devenir le champion de l’EFTP dans son département. Le Bureau du Sénat peut initier des Assises Territoriales de l’EFTP pour que les curricula des métiers dans les CFP et les lycées collent effectivement aux besoins réels des PME, des coopératives et des secteurs porteurs locaux afin de permettre effectivement de former des diplômés capables de mettre directement la main à la pâte.
  2. Opportunité de Gouvernance : Évaluer et Corriger : Fort de son pouvoir de contrôle, le Sénat peut mettre en place des commissions d’évaluation pour auditer les institutions ou les parties prenantes. Ce qui permettra de mesurer le taux d’insertion réel et de forcer l’harmonisation entre l’EFTP, l’Enseignement Supérieur et les pôles de développement économique.

III. Les points de vigilance

Pour que cette alliance Sénat-EFTP soit un succès, trois écueils doivent être évités :

  1. Le risque de concentration : Il faut préserver l’indépendance du Sénat et son rôle de contre-pouvoir, même avec un ancien président à sa tête. Il est quand même vrai que le Président Talon est connu pour son impartialité et sa rigueur et ses premiers mots donnent déjà le ton. 
  2. Le risque de lenteur : La navette entre les deux chambres ne doit pas devenir un frein. Il faut des procédures accélérées pour les lois prioritaires.
  3. Le risque de déconnexion : La légitimité du Sénat sur l’EFTP dépendra de sa capacité à intégrer toutes les parties prenantes dans ses travaux. Il faut dépasser l’étape où tout le monde s’érige en expert de l’EFTP. 

En manière de conclusion…

Avec l’installation du Sénat et la présidence de Patrice Talon, le Bénin passe d’une phase d’accélération des réformes EFTP à une phase d’institutionnalisation. L’Assemblée nationale vote vite. Le Sénat, lui, a vocation à faire durer et à faire tenir debout ensemble. La condition de réussite est simple : que le Sénat devienne le garant de la stabilité, le pont entre l’État, les territoires et les entreprises, et le sécurisateur du financement de l’EFTP. Nous tous ensemble y gagnerons!!!

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