
L’information circule aujourd’hui comme un éclair de lumière. À ses côtés, les fausses informations aussi. Dans cet univers où s’installent le doute et le manque de confiance dans les médias, l’équipe de Sunvi Média a rencontré Josaphat Finogbé Dah-Bolinon, journaliste d’investigation, éditeur de copies à PesaCheck et formateur francophone à Code for Africa (CfA), qui nous amène dans l’univers du fact-checking, la vérification des faits.
Notre invité fait carrière dans le journalisme depuis plus de 15 ans et a gravi presque tous les paliers de cette profession. Quand il débutait sa carrière journalistique en tant qu’animateur radio en 2007, il confie n’avoir jamais pensé embrasser le fact-checking et en devenir même un formateur. Son parcours nous a intéressé et au détour d’un entretien dans un espace culturel à Cotonou, ville vitrine du Bénin, il nous confie sa motivation dans ce domaine et sa vision de l’avenir du fact-checking.
Sunvi Média : Pourquoi avoir opté pour le fact-checking dans votre profession de journaliste?
Josaphat Finogbé : Le journalisme est déjà, à la base, la vérification d’une information avant publication. Ce qui fait que tout journaliste, de nature, est déjà un fact-checker (un vérificateur des faits Ndlr). La seule différence entre un journaliste classique et son confrère spécialisé dans le fact-checking, c’est dans le rendu. Le fact-checking est basé sur le processus, le chemin emprunté pour obtenir un verdict ou pour aboutir à une conclusion. J’ai fait cette parenthèse pour mieux clarifier le concept de fact-checking.
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J’ai opté pour le fact-checking parce que j’attache un grand prix à l’intégrité informationnelle. Le journalisme classique semble aujourd’hui laisser place à une nouvelle forme de journalisme où l’intelligence artificielle (IA) s’impose et risque de discréditer le travail journalistique que fournissent quotidiennement ces professionnels des médias. Même si l’IA, un des outils de travail du journaliste, apporte des solutions à la profession, elle s’installe avec le revers de sa médaille où la désinformation et les manipulations graphiques constituent les contenus qui polluent le net. Le narratif a changé et la spécialisation dans la vérification des faits s’est imposée.
Du présentateur radio au journaliste d’investigation, vous êtes aujourd’hui un des formateurs en fact-checking sur le continent. Comment décrivez-vous votre parcours ?
Mon parcours se résume à une trilogie : Travail – résilience – professionnalisme. Le travail bien fait vous donne un nom, un nom honorable. Et dans ce travail, il faut de la résilience. Savoir faire face aux assauts pouvant vous détourner de votre objectif et surtout aux risques dont regorge la profession. Et si vous optez pour les deux premiers, il faut impérativement du professionnalisme pour encore mieux avancer avec sérénité et confiance.
Quelles sont, selon vous, les qualités essentielles pour réussir dans le fact-checking ?
La première qualité, c’est d’avoir le sens du détail. On dit souvent que le diable trouve refuge dans les détails. Les infox aussi se retrouvent dans les détails, et c’est en étant attentif qu’on les déniche. Que cela soit un texte, une vidéo ou même une image, seul celui qui possède un sens aigu du détail arrive à bout d’une bonne déconstruction.
La deuxième qualité, c’est d’avoir un amour inconditionnel pour la vérité. Oui, le journaliste est de nature véridique certes, mais le fact-checker devrait l’être encore plus. En somme, c’est de choisir l’intégrité informationnelle. Cette dernière garantit la disponibilité des informations fiables, diversifiées et exactes en temps utile. Sans cette intégrité informationnelle, la confiance dans les institutions publiques, l’économie numérique, le métier du journalisme et les processus démocratiques s’érode.
L’autre qualité que je trouve nécessaire, c’est la neutralité dans le traitement des informations. Et c’est cette neutralité qui définit votre fiabilité, votre professionnalisme et surtout votre intégrité professionnelle. Il y en a bien d’autres, mais on peut se limiter à ces trois qualités, entre autres.
L’IA constitue-t-elle aujourd’hui un obstacle au fact-checking ?
Non, au contraire, l’Intelligence artificielle (IA) est un outil désormais incontournable dans le fact-checking. La communauté s’inquiète des dégâts informationnels que crée l’IA, mais au moment où l’outil contribue à la fabrication de fausses nouvelles et d’images ou de vidéos générées, elle dispose encore des outils qui aident à déconstruire les mêmes fausses nouvelles qu’elle crée. On n’a donc pas à paniquer encore moins à s’inquiéter. Plus on entraîne les outils de l’IA à être plus performants avec des résultats vraisemblables, plus on les entraîne en même temps pour davantage de performance dans la déconstruction. Donc l’IA est un atout puisqu’il suffit juste de savoir l’utiliser de façon idoine.
Qu’est-ce qui vous motive le plus en tant que formateur en fact-checking ?
La plus grande motivation, c’est l’engagement des participants et leur promesse d’être désormais des ambassadeurs de la “vraie” information. Comme je vous l’ai mentionné supra, tout journaliste est déjà de nature à être un fact-checker. Mais ce qui motive davantage, c’est de savoir qu’ils optent désormais pour la spécialisation dans le fact-checking. Et le top, ce sont des non-journalistes (créateurs de contenu, acteurs de la société civile et autres Ndlr) qui prennent conscience que les fausses nouvelles ont impérativement besoin des gardiens de la vérité pour être stoppées ou nettoyées.
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L’autre motivation, c’est la formation que je reçois aussi en formant les pairs. Chaque session de formation a toujours été unique; en présentiel ou en ligne. Mes séances de formation me forment aussi énormément puisque le partage d’expérience avec les participants constitue des moments clés, des moments d’enseignement et surtout d’acquisition de connaissances. Et toute la motivation réside dans ces échanges.
Comment envisagez-vous l’avenir du fact-checking ?
Le fact-checking a vraiment de beaux jours devant, sans une prétention aucune. C’est déjà heureux qu’il y ait plus de gens qui s’y intéressent, c’est bien encourageant. Donc contrairement à ce que pense l’opinion publique en général, le fact-checking est désormais incontournable et le sera davantage les jours, mois et années à venir. Et les médias de vérification des faits, comme PesaCheck, font aujourd’hui foi avec des vérificateurs qualifiés et expérimentés. L’autre encouragement, c’est l’installation des salles de rédaction dédiées à la vérification des faits dans des pays avec des sites de plus en plus réservés uniquement au fact-checking. Et ça se repandra encore, les années à venir.
Réalisation : Bérengère Boléan







1 Commentaire
Sunvi Média
24 juin 2026Bel article