
Ces chiffres, si préoccupants, proviennent de l’Institut National de la Femme (INF). Des chiffres qui font froid au dos.
À peine les luttes contre les violences faites aux filles et aux femmes commencent par porter leurs fruits, que nous nous retrouvons avec une accentuation, voire une banalisation de la vie de nos enfants. Dans nos fils d’actualité, pas un seul jour où ne se déroule un cas de viol ou d’agression sexuelle d’enfant, fille ou garçon. De plus en plus, ce sont les fillettes de trois ans, cinq ans qui subissent le viol et les agressions surtout dans le cercle familial.
Des fillettes violées à mort. Des atteintes graves à la dignité humaine qui nous laissent sans voix. Au point où l’on se demande à quel moment notre société, une société dont nous réclamons des valeurs, a autant dévié. Il est vrai que, pendant longtemps, le silence imposé par la société aux survivantes des violences sexuelles a permis l’impunité des auteurs de crimes sexuels. Le cercle familial qui devrait être un lieu plus sûr, un espace d’épanouissement pour chaque enfant, devient la « Shoa » pour ces âmes qui méritent pourtant protection et amour.
Que nous est-il arrivé ?
Quelques décennies plus tôt, dans notre innocence, on gambadait partout en culotte sans crainte. Les garçons, eux, pouvaient disparaitre des heures à jouer au ballon quelque part alors qu’on leur a demandé d’acheter une boîte d’allumettes à la boutique. Des adolescentes, pagne noué à la taille, allaient et venaient sans aiguiser l’appétit sexuel d’un quidam. Les pédocriminels incrustés au sein de nos communautés font des ravages. Aujourd’hui, un enfant qui disparait pour quelques heures risque d’être retrouvé soit violé à mort soit avoir ses entrailles vidées pour des rituels ou trafic d’organes. Voilà ce qu’est devenue notre société, la société béninoise dite protectrice des valeurs endogènes et des droits humains.
Un arsenal juridique très répressif et pourtant !
Le Bénin dispose d’un arsenal juridique très répressif contre les violences commises contre les filles et les femmes avec des institutions de protection de l’enfance et de la femme. De la constitution béninoise au Code pénal, en passant par celui de l’enfant, de la loi portant mesures spéciales de répression des infractions commises à raison du sexe et de protection de la femme, le Bénin fait beaucoup d’efforts dans la protection des filles et des femmes. Notamment le Code pénal qui criminalise le viol. Article 551 nouveau du code pénal évoque, entre autres : “Lorsque le harcèlement sexuel est commis par un ascendant légitime, naturel ou adoptif de la victime, ou par un enseignant ou un formateur sur son apprenant ou commis sur un mineur, l’auteur est puni d’une peine d’emprisonnement de trois (03) ans à cinq (05) ans et d’une amende d’un (01) million (1 000 000) de francs à cinq millions (5 000 000) de francs. En cas de récidive, la peine est portée au double”.
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Mieux, la loi n° 2001-37 du 27 août 2002 portant organisation judiciaire en République du Bénin, modifiée par la loi n° 2018-13 du 2 juillet 2018 relative à la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET) et par la loi n° 2020-07 du 17 février 2020, clarifie les dispositions dans ce sens. Article 5 alinéa 6 nouveau dit : “ (…) relèvent de la compétence de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme les infractions suivantes : le viol sur mineur de moins de treize (13) ans; l’atteinte sexuelle sur mineur de moins de treize (13) ans; le harcèlement commis par un enseignant sur son apprenant; le mariage forcé ; le mariage précoce(…)”.
À croire que toutes ces mesures ne dissuadent point le criminel sexuel déterminé à commettre son crime
L’auto-saisine de l’INF ne suffira pas
L’Institut national de la femme (INF) fait un travail louable, un travail énorme non seulement de sensibilisation mais également de répression et d’accompagnement. Mais ce n’est pas suffisant. Tant que la société protège l’auteur du viol, tant que le silence des survivantes est imposé, l’impunité perdura. Les psychopathes, sociopathes et pédophiles seront dans leur sale besogne à détruire la vie de nos enfants dans le silence coupable de nos communautés.
Il fallut des décennies de luttes pour que la femme ne soit plus considérée comme un bien faisant partie du patrimoine d’une famille arrachée désormais aux mariages forcés et autres. Aujourd’hui encore plus que jamais, nous devons être très attentifs en tant que parents aux petits détails, avoir l’écoute active, redoubler de vigilance car parfois le loup est dans la bergerie. Et surtout ne pas être complice des criminels qui détruisent la vie de nos enfants.






